Langue crinière

, par Violette Villard

L’Airetiq ouvre en partage d’enfanter une langue crinière, bruissante, critique, échevelée, frondeuse. Une langue-cheval qui se risque au gai sçavoir que prône Michel Bousseyroux dans son Marcher droit sur un cheveu, Penser la psychanalyse avec Lacan ; un sçavoir bondissant et impétueux, vif et libre, parcouru des ruées de nos pulsions et huées de nos fantasmes, un sçavoir qui ait l’effronterie et l’impavide panache du galop, qui n’ait pas honte d’être hirsute et hérissé, qui sache n’en point trop savoir ni falloir, pour davantage saliver, cavaler et ç/avaler, ingérer les intentions trop rigides qui n’en finissent pas de faire assaut transformant aspirations en castrations, un sçavoir qui ait l’appétit de dévaler les émotions trop sociales et peu fiables, celles qui empruntent le mort-masque de nos rôles réifiés qui nous feraient presque abandonner le mot-axe, un sçavoir labile et habité, qui s’arpente fragile et agile, pour poindre les actions inaugurales, les initiations intempestives, les bifurcations propices et faire s’agiter des langues et se souvenir des lèvres frémissantes qui épellent l’éclat et l’écume, les volcans de nos rêves, les mouvances de nos appels, le silence, la vive conscience de la chose mentale et un va voir qui chuchote le sang des âmes.

Parler psychanalyse sociale, devenir salive, mâcher les symptômes sociaux, sucer les souffles, transférer nos bouches, inspirer les oublis vitaux, raviver des sons inouïs, rouvrir les images enfouies, démailloter les bandelettes des normes-momies, aller à la crête des obsessions.

Se placer aux antipodes pour mieux cerner ce qui n’est pas encore exploré, faire face à l’épineux, ne pas avoir peur d’être rigoureux en recherches, scabreux en pensées, scrupuleux dans l’euristique d’une écoute de ce que le social produit de hantises et de hâte à copier des modèles théoriques modelant une langue assertive et toujours en risque d’asservissement.

Tentons ici des cheminements Airétiqs serpentins et non forcément assermentés, lançons-nous ou trouvons des pistes un peu raides et pas toujours sûres, ayons l’âge des envols et des espiègleries, la mutinerie souple des troubadours, exerçons une espèce de principe-trampoline de nos idées pour savoir délirer et sauter dru.

Violette Villard

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Référence pour citer l'article : Violette Villard, « Langue crinière », L'Airétiq [en ligne] (3 juin 2016), http://www.lairetiq.fr/Langue-criniere (page consultée le 11 octobre 2017)