Les dits d’Orion

, par Ivan Chaumeille

« ÉditOrion », avons-nous couché...

L’aurions-nous écrit — Oh ! rions, rions ma mie, et du haut de notre tour, jetons-leur des calembours [1] —, qu’il ne nous en eût pas moins échauffé les oreilles avec force horions !

Force d’Orion, partant : Sthénos Ôriônos, puisque tel est l’élément formulaire de son nom, à côté des épithètes gigantesque et fameux. Inventeur de la chasse nocturne, destructeur des bêtes sauvages, né du jet d’urine d’un dieu dedans la dépouille d’un bœuf confiée à une terre ainsi devenue gravide, Orion meurt d’avoir outragé Artémis. Qu’il ait menacé de dépeuplement son domaine, qu’il ait tenté même de la violer, Orion meurt piqué par un scorpion dont la déesse se serait assuré les services ou transpercé d’un trait qu’elle aurait elle-même décoché. La vraisemblance cependant voudrait qu’il ait été occis par l’arachnide, car il s’est couché quand la pique empoisonnée de ce dernier s’est levée : eo oriente occidat [2]. Et de fait : Orion mort, et son exécuteur, sont tous deux transformés en des constellations dont le coucher de l’une coïncide avec le lever de l’autre… Orion, par cette étrange opération voit, aux jours du solstice, son nom épingler sur la sphère des fixes, comme si le ciel (étoilé) était le seul espoir pour un occidenté [3]. Ce ciel étoilé au-dessus de moi, Kant n’en trouvait d’autre admirable et vénérable pendant que la loi morale en moi, alors que La Critique de la raison pratique où s’affirmait son formalisme de l’impératif, n’avait plus lien aucun avec l’arétique d’Aristote — une morale des vertus : autres cieux, autres mœurs… La chose est claire : à parler du ciel, nous parlons d’éthique…

(À suivre)

Ivan Chaumeille

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Référence pour citer l'article : Ivan Chaumeille, « Les dits d’Orion », L'Airétiq [en ligne] (20 juin 2016), http://www.lairetiq.fr/Les-dits-d-Orion (page consultée le 11 octobre 2017)

Notes

[1Richard Ledent, « Ymnis et Numaine », pièce en 4 actes, in La Belgique artistique & littéraire, Revue mensuelle nationale du mouvement intellectuel, Tome XI — 111e année, n° 32, mai 1908, p. 230 (acte III).

[2Voir Mythographe du Vatican III. Traduction et commentaire par Philippe Dain. Besançon : Institut des Sciences et Techniques de l’Antiquité, 2005 (Collection « ISTA », 854), note 42 page 179 : « Sed veri similius est, ut ait Servius, a scorpione interemtum esse, iquod eo oriente occidat ».

[3Jacques Lacan, « Lituraterre », in Autres Écrits, préf. de J.-A. Miller, Paris, Éditions du Seuil, 2001, p. 15.