Nuit debout, une nouvelle adresse dans le paysage

, par Sophie Lac

Les « Nuit debout » suscitent beaucoup de commentaires, de définitions, et de tentatives de classifications. En un mot, elles font parler ! Dans le train, le métro, en cours, au travail, chacun a son petit mot à dire, et, sans le savoir, nous faisons de la politique. Car, au lieu de parler de la météo et des prochaines vacances, nous exprimons un trouble. Lequel ?

Que l’on supposait que le savoir, et la politique, étaient une affaire d’hommes et de femmes sortis de grandes écoles. Et que par conséquent, pour oser parler économie, santé, droit ou musique il fallait employer des grands mots. Mais non. Des personnes font de la politique en jean, à l’extérieur, sans être professeur d’université, et en utilisant entre autres un nouveau langage avec leurs bras et leurs mains.

C’est aussi la leçon du film « Merci patron ». Ce film sort du cadre parce que, contrairement à tous les livres ou films à consonance politique de ces dernières années, où nous finissons par comprendre que les banques, les lobbys et les politiques vont nous faire la peau, parce que, dixit les ouvrages en question, ils sont vraiment super forts. Le film, « Merci patron », est juste l’histoire d’une bonne blague, un jeu de cache-cache.

Car, le grand drame de notre époque est, peut-être, que nous nous prenons trop au sérieux. Nous pensons que A veut dire A, ou bien que A en réalité était là pour masquer B, et que B c’est bien de B qu’il s’agit. Alors si A veut dire A, ou B veut dire B, il n’y a évidemment dans ces rhétoriques aucune place pour les équivoques, les calembours, et du rire entre les lignes.

Tandis qu’aux « Nuit debout », car il y en a plusieurs, il n’y a peut-être que des malentendus.
Au départ, il me semble que chacun y vient pour des raisons différentes, en supposant y trouver certaines choses. Mais non. Légères déceptions. Y a un raté. A n’est pas tout à fait A, ni B d’ailleurs. Cependant, pour certains, « Nuit debout » fait tout de même appel d’air. Parce que malgré tout une chose est sûre, depuis que « Nuit debout » existe, se trouvent des lieux où… parler est possible, même pour déplaire, et sans carton d’invitation. Autrement dit, aux « Nuit debout », si nous le voulons, nous pouvons écouter des personnes discuter sur des sujets divers, et même y participer. J’ai d’ailleurs découvert que se dire bonjour n’est pas si terrible, alors que dans les transports en commun, la règle du jeu consiste à adroitement s’éviter le plus possible tout en étant à 10, voire à 5 centimètres d’un autre.

Les évidences tombent...

Et, je ne vois plus la Place de la République pareil. Avant, elle était surtout un lieu de passage, une station de métro pour faire un « changement », entre une ligne et une autre.
Je ne vois plus le théâtre de l’Odéon pareil non plus. En fait, je découvre que nous pouvons aller au théâtre pour se parler et partager pendant quelques heures du commun.
De même, je ne vois plus le quartier de Bastille pareil depuis que, grâce à une manifestation sauvage, j’ai appris que la compagne de notre Premier ministre y habite. Mais alors, me suis-je dit, ils ne sont pas tout le temps à la télévision, ni à Matignon ? Un nouveau trouble. Mais, (à nouveau), dans ce cas, nous pourrions, pour les rencontrer, tout simplement sonner à leur porte ?
Et aussi, j’ai cru comprendre que nous n’avons pas le droit de marcher, à plusieurs, dans des rues sans autorisation. Mais à partir de combien de personnes n’avons-nous plus le droit de chanter ensemble en marchant ? Car en France nous disons bien « Nul n’est censé ignorer la loi » mais laquelle ?

Depuis que les « Nuit debout » ont fait leurs apparitions, les choses ne sont plus tout à fait à leurs places, et elles ne le seront sûrement plus complétement. Du coup, en ce mois de mai, 2016 ans après la naissance de Jésus Christ, je suis comme tentée de dire, à l’instar des enfants, « Pourquoi ? Pourquoi pas ? ». Qui sait ? Sur un malentendu, ça pourrait marcher…

Sophie Lac

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Référence pour citer l'article : Sophie Lac, « Nuit debout, une nouvelle adresse dans le paysage », L'Airétiq [en ligne] (1er mai 2016), http://www.lairetiq.fr/Nuit-debout-une-nouvelle-adresse-dans-le-paysage (page consultée le 11 octobre 2017)