Parlons psychanalyse sociale

, par Hervé Hubert

L’Airétiq parle plusieurs langues et parmi celles-ci, la langue de la psychanalyse sociale pourrait être sa langue fondamentale, sa Grundsprache, pour reprendre l’expression chère au Président Schreber. C’est dire ainsi combien nous sommes prêts à délirer, non sans mise en série cependant, pas sans sérieux donc si nous suivons Lacan sur ce point. Notre langue fondamentale a pour base en effet un fondement sans fond, Ungrund et pour outil : le transfert que nous nommons social. Le terme de transfert, Übertragung, est choisi en contiguïté de l’œuvre de Freud pour marquer la puissance des désirs et leur fonction dans les rapports sociaux que produisent les personnes humaines. Il est également choisi en référence à Marx, transfert de valeurs, Wertübertragung. Comment analyser ce qui se produit socialement aujourd’hui sans prendre en compte le transfert défini par Marx dans Le Capital lorsqu’il analyse le rapport transférentiel entre deux marchandises, la toile et l’habit, et indique que c’est dans la fréquentation avec une autre marchandise, l’habit, que la toile parle et qu’elle livre ses pensées dans la seule langue qu’elle parle couramment, la langue des marchandises, et que cette langue-là dit le rapport au travail humain et à l’égalité dans le cadre de la production capitaliste ?

Parler psychanalyse sociale, c’est mettre avec Lacan, Marx dans le champ de la psychanalyse, et prendre au sérieux le propos de Lacan : « L’inconscient, c’est le social ».

Parler psychanalyse sociale, c’est aussi prendre une position fondamentalement critique, voire irrespectueuse envers la doxa, saisir, sans exclusive, les problèmes issus des jouissances masquées dans ce qui fonde, en pratique et en théorie, les ordres normés et dogmatiques bâtis sur les principes théologiques et autres rapports à la transcendance. C’est donc partir d’une base autre quant à l’analyse du transfert et contribuer à la construction de rapports sociaux autres, radicalement.

Parler psychanalyse sociale, c’est parler psychanalyse dans ses nouages avec ce qui pousse les personae ou encore les trumains à la création artistique, toujours transférentielle et en mouvement.

Parler psychanalyse sociale, c’est prendre au sérieux l’affirmation matérialiste, selon le Marx de L’Idéologie allemande et suivre l’orientation de François Châtelet dans le commentaire qu’il fait de ce Marx-là : « [...] le donné incontournable, celui qu’on doit constamment maintenir dans son horizon de recherche, faute de quoi on manquera ce qui est important pour les sociétés d’hommes, est la pratique matérielle, indissolublement corporelle, sociale et langagière, assurant la production et la reproduction de l’existence au sein de la matérialité, indissolublement naturelle et historique » [1].

Hervé Hubert

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Référence pour citer l'article : Hervé Hubert, « Parlons psychanalyse sociale », L'Airétiq [en ligne] (11 juin 2016), http://www.lairetiq.fr/Parlons-psychanalyse-sociale-12 (page consultée le 20 octobre 2017)

Notes

[1François Châtelet, Chronique des idées perdues, Stock, Paris, 1977, p. 110.